ME 1870 page 109
C'est dans l'épître aux Ephésiens que les privilèges des saints et de l'Eglise de Dieu sont développés de la manière la plus complète; c'est là que nous sommes placés dans la relation la plus élevée avec le Père et avec Christ, et que nous apprenons que la marche qui en découle, c'est «d'être des imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants»; et pourtant c'est aussi dans cette épître que nous sommes tout particulièrement vus dans la lutte et appelés à «revêtir l'armure complète de Dieu». Dans la mesure où nous réaliserons notre position et nos privilèges, nous réaliserons aussi la lutte, du moins celle dont il est question ici, qui n'est pas une lutte contre la chair et le sang, mais contre «les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes». Christ «est monté en haut, il a emmené captive la captivité», et nous a entièrement délivrés de la main de Satan, afin de faire de nous dans ce monde des vases de sa gloire: or c'est cela même qui nous amène dans le combat. Si je me tiens là où sont mes privilèges en association avec Christ (ce qui est la vraie position de tout chrétien, bien qu'elle ne soit pas toujours réalisée), si j'ai bien pris ma place dans la gloire, je dois m'attendre à avoir à combattre. Je ne puis pas franchir le Jourdain sans trouver les Cananéens, les Jébusiens et les Phérésiens dans le pays. Le désert n'était pas Canaan. Dans le désert il y avait des tentations et des pièges, le coeur était exercé, ce qu'il renferme était mis au jour (voyez Deutéronome 8: 2), et nous en savons tous quelque chose. Mais quand je passe le Jourdain, j'arrive là où sont mes privilèges et par conséquent je trouve la lutte.
Un grand nombre de chrétiens se contentent de rester en Egypte et de penser au sang appliqué sur le linteau de la porte, qui les garantit contre le destructeur. D'autres en sont à la mer Rouge et connaissent la plénitude de la rédemption, se réjouissant de ce que les eaux du jugement, qui ont englouti les Egyptiens, leur ont apporte la délivrance. Mais est-ce que vous croyez en un Dieu qui a placé un homme dans la gloire, parce que cet homme a parfaitement glorifié Dieu au sujet du péché? Dans la résurrection je suis entièrement sorti d'Egypte et je crois en un Dieu qui a ressuscité le Christ. En ressuscitant le Christ et en le plaçant à sa droite, Dieu a mis son sceau sur ce que le Christ a accompli à la croix à l'égard du péché; par conséquent, si je connais Christ ainsi, je sais que tout est parfaitement réglé entre Dieu et moi.
Dans le désert nous rencontrons des choses qui exercent le coeur, nous sommes éprouvés et tentés, et nous faisons l'expérience que Dieu est toujours fidèle. Il ne permet pas que nos pieds soient enflés, il nous nourrit de manne et fait sortir de l'eau du rocher de granit. Mais de l'autre côté du Jourdain, nous mangeons le blé du pays, ce n'est plus la manne du désert. Canaan est le lieu de notre demeure actuelle; c'est là où nous sommes maintenant en esprit et où nous serons pleinement en réalité plus tard. Le Christ est entré là (dans les cieux), il est assis à la droite de Dieu, et nous avons l'espérance certaine d'y avoir aussi notre place en lui. Il nous établit là, mais nous avons à lutter. Le Christ attend que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds, et tout en nous donnant l'assurance que nous avons notre place là où il est, il nous exhorte à combattre, parce que la place même que nous possédons en lui nous met en collision avec des ennemis spirituels. Si nous savons que le Jourdain représente la mort, nous ne devons pas oublier que ce qui caractérise Canaan, c'est le combat, car le Cananéen est dans le pays.
Aussitôt que Josué entre dans le pays, il rencontre un homme, tenant un épée nue à la main, qui se présente comme «le Chef de l'armée de l'Eternel». Le peuple racheté est si bien devenu l'armée de l'Eternel, que Dieu se sert de lui contre ses ennemis: il livre les batailles du Seigneur: seulement la chair ne peut pas combattre dans ces guerres; si un Acan est dans le camp, il n'y a aucune puissance. Nous ne pouvons combattre qu'autant que nous sommes pratiquement morts. Paul ne se contente pas de dire: «Tenez-vous vous-mêmes pour morts» (Romains 6): mais quand il est question du service il dit «Portant toujours, partout, dans le corps, la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps» (2 Corinthiens 4). Tout ce qui était de Paul lui-même était complètement mis de côté ou tenu par terre. Qu'est-ce qu'un homme mort et ressuscité peut avoir à faire avec le monde? — Cependant ce n'est pas assez d'être morts et ressuscités: les Israélites n'avaient pas seulement à passer le Jourdain, mais après l'avoir franchi ils devaient être circoncis, — ce qui représente le dépouillement pratique de la chair. On n'est pas circoncis dans le désert. Il est vrai qu'après qu'ils eurent traversé la mer Rouge, ils durent boire les eaux de la mort, les eaux amères de Mara; toutefois dès que le Jourdain fut passé, le Seigneur dit «Maintenant je vous donnerai le blé du pays». Vous serez nourris d'un Christ céleste, la vie nouvelle, mais auparavant vous devez apprendre ce que c'est que la croix, — la circoncision; alors l'opprobre d'Egypte est roulé de dessus eux (Josué 5: 9). Etant pratiquement morts, nous devenons devant le monde des témoins de ce qu'est le Christ céleste, et c'est alors qu'il s'agit de «revêtir l'armure complète de Dieu». Nous ne pouvons pas traverser le monde dans notre propre force. Satan cherchera à nous séduire, et dans les jours où nous sommes l'infidélité, la superstition, la forme de la piété sans la puissance, sont autant d'artifices de l'ennemi. Nous avons à leur faire face, revêtus de l'armure complète, et en le faisant nous serons capables de servir le Christ et de le manifester dans toutes nos voies.
Voyons maintenant en quoi consiste cette armure. «Tenez donc ferme, ayant vos reins ceints de la vérité». Les parties de l'armure, d'abord mentionnées, sont subjectives, c'est-à-dire, elles se rapportent à l'état ou à la condition de notre âme. C'est de ceci qu'il s'agit tout premièrement. Il ne peut y avoir d'activité divine tant que l'âme n'est pas parfaitement en ordre; tant que Dieu lui-même n'est pas actif en nous. — «Les reins ceints de la vérité», ayant de l'ordre et du courage, la puissance de la vérité étant appliquée à tout ce qui se passe dans le coeur: non seulement la manifestation du mal, mais l'application de la vérité: «Sanctifie-les par ta vérité: ta parole est la vérité» (Jean 17). La vérité est venue dans le monde: c'était Christ lui-même. Il exposa ce qui était terrestre et montra ce qui était céleste, révélant toute chose par la lumière du ciel. Il vint, comme un homme, non pas en gloire pour renverser et détruire, mais en apportant avec lui tout ce qui était céleste et divin, et en plaçant ainsi l'homme directement en contact avec ce que Dieu était, en même temps qu'il révélait tout ce qui était contraire à Dieu. Or la révélation nous donne la vérité, la parole de Dieu discernant les pensées et les intentions du coeur quand elle est appliquée d'une manière efficace. C'est ainsi que les reins sont ceints: — les vêtements ne traînent pas dans la boue de ce monde, car ils sont relevés et on est prêt pour le service. Que ce soit pour se rencontrer avec Satan, pour venir au secours d'un pauvre pécheur ou pour servir dans l'Assemblée de Dieu, ce qu'il faut avant tout, c'est que le coeur soit entièrement éprouvé par la Parole de Dieu et qu'il y soit soumis.
Dans cette révélation du Christ, je trouve le jugement de tout ce qui est en moi et le dévoilement de tout ce qui est de Dieu; et quand je saisis les choses de Dieu, sur le fondement du jugement de tout ce qui est en moi, en même temps que la révélation de la félicité qui est en Christ, alors mes reins sont ceints; mon âme est dans un bon état; je ne regarde pas en arrière, je ne suis pas occupé de moi-même, mais de Christ, l'Esprit prend les choses de Dieu et me les annonce, et je me trouve tout naturellement dans un chemin qui est la condition et l'effet de la vérité. Je marche selon Christ, parce que mon coeur est selon Christ, les affections et le jugement spirituel sont ce qu'ils doivent être. C'est «la cuirasse de la justice». Ce n'est pas la justice devant Dieu: je n'ai pas besoin de l'armure vis-à-vis de Dieu, mais contre Satan. Je dois posséder une justice pratique pour combattre Satan. Si j'ai une bonne conscience, je serai courageux. Si je suis revêtu de la cuirasse de la justice, mon âme et ma marche sont en bon état. La condition de mon âme est éprouvée par la révélation du Christ, selon que la vérité est en lui; il n'y a rien qui donne prise à Satan et je vais en avant ayant «les pieds chaussés de la préparation de l'évangile de paix». Combien cela est précieux! Quel heureux état! Ce n'est pas l'égoïsme qui fait valoir ses droits, c'est l'âme qui, avant reçu ce qui lui est nécessaire, la volonté propre étant soumise, le coeur humble et débonnaire, c'est l'âme, dis-je, qui poursuit son chemin dans la puissance qui apporte la paix, parce que la paix est au dedans d'elle. Son esprit et son caractère, c'est la paix, comme chez Christ ici-bas. L'état du Christ était la paix, et en passant à travers le monde, il portait la paix avec lui. Il est vrai que les fruits de la justice en lui provoquaient la haine et l'opposition de la part des hommes; cependant Christ était l'homme paisible, il n'y avait pas d'agitation en lui; il portait la paix avec lui et allait son chemin sans se laisser troubler par tout ce qui était contre lui.
Ensuite vient le bouclier de la toi. Tout étant en ordre maintenant subjectivement, c'est-à-dire, pour ce qui me concerne, je n'ai pas à m'occuper de moi-même, je puis penser à Dieu. Il est très bon et convenable de se juger; mais le jugement de l'existence de la mauvaise nature ne donne pas une mauvaise conscience. Si j'ai failli, il est juste que je le confesse; nous sommes appelés à confesser nos péchés, non pas notre péché: Confesser des péchés, c'est avouer que nous n'avons pas tenu en bride le péché, la chair. Mais j'ai à tenir les yeux fixés sur Dieu, à avoir une entière confiance en Lui; et si je marche dans la lumière, j'aurai cette heureuse confiance. Satan n'a aucun pouvoir là: il aura beau lancer ses flèches, il ne peut pas percer le bouclier de la foi. «Résistez au diable et il s'enfuira de vous» (Jacques 4). C'est ce que Christ a fait; il vainquit Satan spirituellement. La chair n'est pas capable de résister, non plus que la nature; mais la foi le peut. Elle regarde à Christ et le dard de Satan ne peut jamais pénétrer à travers le bouclier de la foi. Quand Satan rencontre de la résistance, il sait qu'il est en face de Christ, et il s'enfuit. Il n'est pas ici question de puissance en nous, mais il s'agit d'être au-dessus de tout par la foi en Dieu. Christ est venu et il a détruit toute la puissance de Satan. Christ a été crucifié en infirmité: quoi de plus faible que la mort? et pourtant elle était la puissance de Dieu à salut. Quoi de plus insensé pour l'homme que la croix? Cependant elle était la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Satan est rusé et beaucoup plus habile que nous ne le sommes; c'est pourquoi vous voyez des hommes sages et instruits qui s'adonnent à de vraies folies; toutefois n'oubliez pas que Satan est au fond de tout cela. Nous sommes faibles, il est vrai, mais Satan ne peut pas toucher à la vérité de Dieu, et une âme simple qui a trouvé Christ possède toutes choses. On ne sera pas capable peut-être de beaucoup raisonner sur les Pères ou sur d'autres sujets savants; mais on possède Christ et le monde entier ne parviendra pas à persuader du contraire. Le bouclier de la foi est tenu levé, et les dards de Satan ne peuvent pas le percer.
«Le casque du salut». Celui qui porte le casque du salut a une pleine confiance, une heureuse certitude; Il peut lever la tête, pour m'exprimer ainsi; il est en Christ et avec Christ, et désormais il y a de l'activité et de la confiance en Dieu pour le chemin. Il a une position assurée en Christ. La vérité est dans son coeur; il marche dans la piété; il a la paix dans le monde; il se confie en Dieu, le salut le couvre et il s'avance vers la gloire. C'est «un homme en Christ» (2 Corinthiens 12). Tout est réglé quant à l'effet pratique et maintenant il y a de l'activité. Il s'agit de l'armure défensive d'abord: si je n'en fais pas usage, j'agirai sans avoir la connaissance de moi-même et de tristes chutes en seront la conséquence; mais si je suis revêtu de l'armure, abrité et couvert par elle contre toutes les attaques de Satan, je puis aller en avant et combattre,
«Prenez l'épée de l'Esprit qui est la Parole de Dieu». M'étant jugé moi-même je puis prendre la Parole de Dieu et m'en servir. Nous n'examinons pas toujours si nous marchons dans une condition de puissance, rien ne se trouvant entre Dieu et nous, de sorte que Dieu peut être pour nous dans la lutte. Dieu ne le peut pas lorsqu'il y a un Acan dans le camp. Pour pouvoir agir, la chose première et principale, c'est d'être parfaitement en règle avec Dieu, et de venir de la présence de Dieu, armé de ce que la présence de Dieu donne, que ce soit pour le service public on particulier». Or en vue de cela, je m'exerce à avoir toujours une conscience sans reproche» (Actes des Apôtres 24: 16). «Le secret de l'Eternel est pour ceux qui le craignent» (Psaumes 25: 14); ce qui donne la puissance pour le service, c'est la force intérieure avec Dieu. Il se peut que je ne voie pas de bénédiction, mais je me confie en Dieu, et je ne suis ni étonné ni distrait par une demi-douzaine de jugements d'homme: je possède le secret de l'Eternel.
«Priant par toutes sortes de prières et de supplications en tout temps par l'Esprit». La Parole de Dieu et la prière sont deux choses qui traversent la vie chrétienne tout entière, depuis que Marie de Béthanie se tenait assise aux pieds de Jésus et écoutait sa parole. La moitié de la lutte se passe avec Dieu dans la prière. Quand Pierre aurait dû prier il dormait, par conséquent lorsqu'il partit de là il jura avec exécration qu'il ne connaissait pas l'homme. Quand le prince de ce monde vint, le Seigneur Jésus Christ priait plus instamment et il fit une belle confession devant Ponce-Pilate (1 Timothée 6: 13). La puissance ne se trouve pas dans le mouvement et l'action; nous ne pouvons être calmes à moins que Dieu ne soit avec nous, et pour que Dieu soit avec nous, il faut que nous soyons avec Dieu.
«Veillant à cela avec toute persévérance et des supplications pour tous les saints». Quelque merveilleux que cela puisse paraître, Dieu, dans sa bonté, nous a donné de pouvoir nous associer à ce qui l'intéresse, Lui. Si mon coeur souffre au sujet d'un pauvre pécheur, ou si je veille dans les prières pour que chacun des saints représente Christ plus fidèlement, c'est que Dieu m'a donné de partager ses propres désirs. Le coeur de Christ connaît tout ceci plus pleinement et plus parfaitement. Nous devons aller à Dieu à ce sujet avec toute persévérance et supplication. L'expression employée ici par rapport aux saints est la même que pour la prière du Seigneur en Gethsémané; c'est le coeur s'adressant à Dieu et implorant avec ardeur, bien que la volonté soit soumise comme l'était celle du Seigneur en acceptant la coupe. C'est l'expression d'une entière dépendance, ce n'est pas seulement qu'on prie Dieu au sujet des choses, mais Dieu est vu en tout et l'âme se tourne vers lui au sujet de tout. C'est ainsi qu'on prend part à ce qui intéresse Dieu et qu'on fait toutes choses dans la puissance de Dieu. Quelle position bienheureuse! Dieu nous a délivrés de la main de Satan et nous a donné des intérêts communs avec lui-même, et le désir de mon coeur est qu'il soit glorifié dans les coeurs de son peuple. Faibles et infirmes comme nous le sommes, nous possédons la puissance de Dieu. Nous sommes «l'armée de l'Eternel» contre Satan, mais nous avons besoin de l'armure complète. Il n'y a pas de place où la dépendance de Dieu soit plus nécessaire qu'au front du combat, en face de l'ennemi. Soyez assurés que plus vous vous trouverez là, plus vous sentirez le besoin d'être revêtus de l'armure tout entière, parce qu'il y aura le plus de témoignage pour la pensée de Dieu. Si vous restez en arrière, vous ne courrez pas le même danger; mais en rencontrant moins de périls et moins de pièges, vous aurez moins de force. Si nous sommes des témoins, il faut nous attendre à trouver des pièges, mais ils ne serviront qu'à rendre notre dépendance plus profonde, nos progrès plus réels et ainsi à accroître notre force.
Est-ce que tout ce par quoi vous passez pendant la journée devient un sujet de prière, non pas plus tard, mais au moment même? J'ai à maintenir le nom de Christ, sa parole et son témoignage. Tout ce qui m'arrive doit être un sujet de supplications, et, remarquez-le bien, «pour tous les saints». Suis-je en état d'intercéder pour d'autres? Rien ne met autant le coeur à l'épreuve. Si la conscience n'est pas bonne, je suis obligé de m'occuper de moi-même, de me juger moi-même, de prier pour moi-même et il est bon et juste que je le fasse; mais cela met fin à l'intercession pour les autres. Je dois marcher avec Dieu, non pas seulement extérieurement, mais dans le coeur, pour pouvoir m'occuper de son service et de ses intérêts et intercéder ainsi continuellement pour son peuple qui est dans le monde.
Telle est donc l'armure complète de Dieu, que nous avons à revêtir pendant que nous sommes sur la terre, sur le fondement de la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. Notre place est une conséquence de la rédemption. Il y aura des difficultés, des pièges; mais j'ai Christ, il habite dans mon coeur. Vivant dans une entière dépendance de lui, je puis compter sur lui en toute confiance jusqu'à ce qu'il vienne pour nous prendre à Lui.